Introduction Vincent Baudoux

Home / Introduction Vincent Baudoux

Poser un acte héroïque pourrait arriver à n’importe qui parmi nous pour autant que l’occasion se présente (et obtenir ainsi une médaille, parfois à titre posthume). Avec le temps, et en contraste du quotidien, les peuples ont inventé des demi-dieux au courage et aux prouesses bien au-delà de nos capacités humaines. Nous sommes les héritiers de ces récits merveilleux, exploits, épopées, légendes où, en l’absence de vérification (les soi-disant preuves ont toujours été fabriquées bien après) l’imagination n’a pour limite qu’elle même, à la veillée, au coin du feu. Puis est arrivé le temps de la presse imprimée qui, avec le feuilleton, a changé la nature du héros par la suite au prochain numéro, le fameux « à suivre… » de la BD. Le héros y devient celui qui revient à chaque épisode, quelles que soient ses qualités ou ses incompétences d’ailleurs. Même si l’on ne peut ignorer qui le précède, dont Quick et Flupke de Hergé, le meilleur exemple chez nous en reste Gaston, imaginé par Franquin, héros sans emploi, héros malgré lui, héros à rebours. De la saga héroïque, on passe au gag, à l’échec. La propagande, avec ses « héros de la patrie » (une manière hypocrite de faire l’éloge des gens d’en bas, morts) ou ses « héros du travail » (ainsi victimes d’une douloureuse double peine), contribue à modifier – certains diront dégrader – le concept original. Avec leurs trucages et leurs illusions où la mort elle-même devient une blague, le cinéma et l’animation ont fait le lit du virtuel numérique, dont on sait qu’il est dorénavant la réalité pour nombre d’entre nous. Ici, le héros c’est moi, banal, comme des millions d’autres, et là gît le piège car si l’exceptionnel devient normal mon insignifiance vaut la peine d’être partagée par des millions d’amis (« ce matin, j’ai mis des chaussettes » peut-on lire sur Twitter). Héros à temps plein devient une option à la portée de tous. Dans le même temps, le progrès, la croissance, la consommation, le profit – à travers leur plus bel outil, la communication publicitaire – inventent les mots nécessaires à prolonger l’illusion héroïque : « Super », « hyper », « méga », « giga », « exa », « yotta », à la manière dont certains sportifs, sans rire, se donnent désormais à deux cents ou mille pour cent.

Avec l’aimable collaboration de l’Agence Reporters.