Introduction de Paul Van Bendegel

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Professeur à la VUB, professeur invité à l’Université de GandQui a demandé une introduction ? Kazoom !!! La voici !

Lorsque j’ai été invité à rédiger ce texte, j’ai cru que cette mission serait simple comme bonjour. Il faut dire que j’ai grandi avec un des plus grands super-héros, à savoir Batman, à l’époque toujours flanqué de Robin, son « acolyte », et qui fit ses débuts à la télé pendant ma jeunesse. Lorsque je n’étais encore qu’un enfant, ce qui m’a toujours le plus fasciné était l’interaction sublime entre l’action et l’animation. L’intensité de chaque affrontement physique entre le bien et le mal était toujours accentuée par des interjections telles que « BOW!, WHAM!, BLAP!, THWAP! » et l’incomparable KAZOOM!!!, inscrites dans des bulles aux innombrables pointes acérées et dans les couleurs les plus vives qu’on puisse imaginer. Bref, j’estimais être, grâce à mon vécu, un expert en la matière. Quelle erreur !

Étant philosophe de formation, chaque texte que j’écris est influencé par mon métier. J’ai vécu dans l’illusion que peu de choses avaient été écrites sur les super-héros et la philosophie et que j’avais de ce fait les mains libres. Il n’en est donc rien. La prestigieuse maison d’édition Blackwell commercialise une série depuis plusieurs années, The Blackwell Philosophy and Popular Culture Series, dans laquelle paraissent des volumes portant de magnifiques titres tels que Batman and Philosophy : The Dark Knight of the Soul (2008), X-Men and Philosophy : Astonishing Insight and Uncanny Argument in the Mutant X-Verse (2009) et Spider-Man and Philosophy : The Web of Inquiry (2012). Que faire ? Écrire une introduction académique et philosophique ? Si j’étais un super-héros, ça ne me poserait certainement pas le moindre problème. Mais étant une personne ordinaire, je préfère jouer la sécurité et me replonger dans ma jeunesse pour livrer une pensée philosophique via ce voyage dans le temps.

Je me souviens que, d’une part, j’étais fasciné par le personnage du super-héros (détenir des pouvoirs surhumains était une perspective très alléchante, car combien de problèmes aurais-je alors pu résoudre et, honnêtement, quelle gloire aurais-je pu en retirer ?), mais d’un autre côté, je ressentais un certain malaise car les échecs, les erreurs ou les maladresses étaient tout simplement exclus du répertoire du super-héros. Mais imaginez qu’un super-héros ait malgré tout des doutes, non seulement sur ses capacités physiques (ce thème étant déjà pleinement exploré vu qu’il permet de retrouver ses forces juste au moment crucial, suspense garanti !), mais également sur ses principes moraux et éthiques. Qu’en serait-il si le mal n’était plus tangible et que le super-héros ne savait plus de quel côté il/elle doit être dans un conflit et, ô malheur, choisissait le « mauvais » camp ? Qui ou qu’est-ce qui pourrait encore retenir le « chevalier noir » ? Vu sous cet angle, on nous demande d’accorder une confiance totale aux qualités éthiques et morales du super-héros.

Je pense y être parvenu. Kazoom !!! Voici donc une conclusion philosophique étonnante : bien que les super-héros se caractérisent en premier lieu par des super-pouvoirs physiques de toutes sortes, tout repose au final sur leur intégrité morale et éthique en lesquelles nous devons croire de façon quasiment sacrée. Cette dernière expression est un peu forte. Si je la ramène à des proportions humaines, alors un seul choix s’offre à nous : nous devons faire confiance. Si on considère que ce principe est le ciment permettant de maintenir la cohésion d’une société, l’importance des super-héros saute immédiatement aux yeux, même si, étrangement, ils se trouvent eux-mêmes hors de la société.