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administrateur-délégué des Instituts Saint-Luc Bruxelles
Les festivités du quarantième anniversaire de l’option Illustration de l’ESA Saint-Luc à Bruxelles auraient dû se dérouler en septembre 2009. Pourquoi a-t-il fallu attendre janvier 2011 ? Il faut remonter à 2006 pour trouver l’explication. À l’automne de cette année-là, l’exposition Le 9e Rêve 6 rencontre un tel succès au Centre Belge de la Bande Dessinée, que les responsables de l’ESA Saint-Luc souhaitent profiter de cette notoriété pour fêter les quarante années de la naissance de l’option Bande Dessinée en 2008. Mais, la Région bruxelloise décrète « 2009, année de la BD ». Qu’à cela ne tienne, les festivités seront postposées d’un an (le vernissage de l’exposition, et le livre 2048, se tenant, on s’en souvient, en février 2009). Or, il est impensable dans le cadre d’une école d’organiser un autre anniversaire de taille la même année. Nous envisagions donc les festivités liées à l’option Illustration pour 2010. Hélas, Seed Factory, qui accueille ces manifestations, voit son programme déjà bouclé. C’est la raison pour laquelle ce quarantième anniversaire est fêté en janvier 2011. Vous ne perdrez rien au change, les étudiants et leurs enseignants ont mis les petits plats dans les grands. Tous les meilleurs et les grands anciens de l’option ont accepté d’en être. Les étudiants récemment sortis ont aussi leur part de cimaises, et une publication, Il était une fois… montre la vitalité et la qualité de l’enseignement « made in Saint-Luc ».

Directrice ESA Saint-Luc Bruxelles
Au train où vont les choses, carrément deux générations, si pas trois. Le temps de voir revenir vers nous des illustrateurs épanouis, engagés, parents, délirants ou performants. À lire les souvenirs de Philippe Thomas[1], on rêve devant cette époque où la liberté régnait en maître dans le sillage des mouvements de contestation de mai 68. Peace and love et tutti quanti. Exprimez-vous sans entraves. Aujourd’hui, après une décennie de vingt-et-unième siècle, on est loin du Flower power et le cynisme a souvent pris le pas sur l’innocence. Le politiquement correct est passé par là, poussant parfois à de pauvres révoltes davantage liées à l’impudeur et au mal-être qu’à la cohésion de la démarche. L’époque est dure et sans pitié dit-on. Et pourtant, de cette odyssée de quarante ans ont émergé, au fil des tempêtes et autres débats contradictoires, des oeuvres non formatées, reflétant bien la diversité des sensibilités. Si d’aucuns ont choisi la légèreté et la couleur, d’autres s’expriment dans des voies plus radicales et complexes, offrant à qui les découvre quelque fil à tirer pour atteindre la compréhension de leur être profond. Il y eut sur ces mers agitées, un avant et un après réforme. Avant, les choses s’imposaient, les missions étaient claires. Sur un ton nostalgique, provocant ou amusant, l’illustration créait des univers charmants ou effrayants : celui des contes et des légendes, celui des quêtes et fantasmes personnels, dessinés par des pattes douces ou vigoureuses. L’impertinence et l’ironie pointaient le bout du nez avec ou sans excès. Et puis, il y eut la perte de l’innocence : l’affaire Dutroux, les « Twin towers »… le monde devint glauque et l’enchantement se brisa. Mais, par les hasards des calendriers surgit l’opportunité de la réforme : Françoise Dupuis, ministre de l’enseignement supérieur de la Communauté française de l’époque, décida d’enfin réformer celui-ci. Dans cette démarche, elle s’appuya notamment sur l’expertise de Marianne de Grasse, justement diplômée de l’option Illustration de l’ESA Saint-Luc Bruxelles[2]. Ce fut l’occasion saisie à bras le corps par les professeurs de l’atelier d’alors, Frédérique Halbardier, Xavier Van Buylaere et Patrick Radermecker[3], épaulés par Eduardo Hidalgo. La grille de cours fut triturée et manipulée en tous sens, les programmes approfondis et les priorités définies. Depuis, on a vu la photo, la gravure, la sculpture, les arts numériques prendre leur place dans la composition. On a vu aussi les cours de communication et de littérature s’inviter à l’atelier de troisième année, clôture du cycle du baccalauréat. Pour avoir eu la chance d’assister au jury artistique de cette troisième en juin 2010, je peux vous garantir que le succès est au rendez-vous et que la boucle est bouclée.
Au vu des univers de grande qualité tant graphique qu’intellectuelle et conceptuelle créés par ces diplômés tout frais émoulus, Philipe Thomas n’aurait pas à rougir de ses héritiers. Les jurés extérieurs ont fait aux actuels professeurs[4] le plus beau compliment en disant leur admiration face à l’expression de cette multiplicité de caractères. Nous ne pouvons que renchérir et les en remercier. Heureux anniversaire.
[1] Voir la revue Art et Architecture, des Instituts Saint-Luc, n° 15, mars 2010.
[2] Marianne nous a quittés en décembre 2007, la maladie vint à bout de son courage et de sa volonté de vivre.
[3] Patrick nous a aussi quittés en décembre 2007.
[4] Frédérique, Xavier et Eduardo, auxquels se sont ajoutés Thisou Dartois, David Merveille et Thierry Van Hasselt, sans oublier en dessin Luc Lamy et en couleur Gwénola Carrere.

Fondateur de l’atelier en 1969 Professeur à l’ESA Saint-Luc jusqu’en 1995
… Dany, Lucie, Yolande, Anne, John, Martine, Marie-Françoise, Rita, Jean-Pierre… et quelques autres encore illustrent la préface d’un premier album, celui d’un atelier en création, voici une quarantaine d’années. J’en étais le premier artisan-professeur. À la manière d’un printemps, la multiplicité des palettes donne le ton avec audace, désordre, émotion et doute. Un point commun : une générosité nourrie des différences de chacun. Les signes et les matières, les idées et les paroles expriment l’envie et le désir, les peurs et les hésitations ; mais du plaisir de « faire » émergent la vie et le secret de sa transmission. Illustrer et raconter prennent alors profondément racine au coeur de soi, à la façon d’une existence qui se donne en transparence. Geste, parole et silence se révèlent actes moteurs et supports relationnels entre celui qui donne et celui qui reçoit ; on est au coeur de la communication. Cela a été aussi un repère personnel, dynamique, tant au sein de ma pratique professionnelle que de mes choix pédagogiques. Ce qui m’est toujours apparu lumineux, c’est la personne unique de l’étudiant et le creuset qui en fait l’intime singularité. La pédagogie s’articulait notamment entre provocation et respect, découverte et réflexion, intériorité et ouverture, sensibilité et imagination. Mais c’est bien en invitant à une patience résolue par la remise sur le métier qu’on accédait à la maturité, facteur d’unité de la personne (*). Oui, de génération en génération, ce sont bien les étudiants eux-mêmes qui sont devenus, personnellement et collectivement, auteurs de l’atelier par leur générosité, leur grande diversité et leur imaginaire… et, à coup sûr, leur travail ! Aujourd’hui, avec le recul, je peux dire avec bonheur en avoir été le premier témoin privilégié.Merci à tous et toutes de nous être partagés un temps de nos vies… Voyons l’exposition !
(*) Plus peut être perçu à travers l’article paru dans la revue Art et Architecture, des Instituts Saint-Luc, n° 15, mars 2010.