Super & Co

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Du 12/10/2012 au 31/12/2012.Le vernissage a eu lieu le 11 octobre dernier.Les Super Héros frappent aux portes de Bruxelles.Venez leur rendre visite.

Edouard Cambier – Seed Factory – Super & Co from Lorenzo Bown on Vimeo.

L’effet collatéral des jeux vidéo a fait de nous des super héros, on est donc tous un peu de la famille, et quelques dates nous montrent à quel point ils nous sont contemporains donc largement postérieurs aux personnages publicitaires que la Maison de l’Image avait accueilli en grande pompe en 2009 :
 
1930 Voit poindre ces chevaliers de cape et de muscle, nous entrons dans l’âge d’or des comics.
 
1938 Superman qui vient de la planète Krypton annonce une immigration massive.
 
1940 Les super héros sont au front, les super women sont mobilisées dans les comics, un peu comme les ménagères russes qui font tourner les usines d’armement.
 
1950 Depuis la fin du conflit le public plébiscite le petit monde anthropomorphe de Disney au détriment des catcheurs extraterrestres.
 
1960 Déferlante de nouvelles recrues. C’est une apothéose de supers pouvoirs, les supers héros débarquent en rangs serrés.
 
2000 A partir de cette date, les effets spéciaux du cinéma sont la caisse de résonance de leur progression exponentielle.
 
Mais qu’est-ce qu’un super héro ? Avec son collant seyant et un look de culturiste anabolisé, le super héro est le seul primate volant, quoique doué pour la course, toujours plus rapide que son ombre et doté d’une force surnaturelle. Il mène une double vie mais sa moralité est irréprochable, du reste, il ne fait jamais l’amour. Il aime les voyages notamment dans les mythologies et les légendes. Comme Tintin, il ne vieillit pas, par contre, on lui connaît parfois une maman et un papa. Il distribue les bons points aux honnêtes citoyens et des branlées aux ennemis de l’humanité. Pour ce faire il a des relations dans la police locale et la CIA. Il affronte les dangers cosmiques sans état d’âme sociétal. Sur le plan économique, le super héro est une « franchise » à forte identité visuelle doté d’une bible comportementale infaillible.
 
Mais l’imagier présent aux cimaises de la Maison de l’image n’est pas un agent d’artiste, il est plutôt sceptique face aux gloires internationales. Bienvenue donc aux supers héros un peu autistes, grands justiciers patriotes un rien maladroits qui marchent sur leur cape. Supers héros aux supers pouvoirs limités, aux costumes mal taillés, façon Pieds Nickelés. Bienvenue à ces antihéros gaffeurs et sympathiques et tous les autres souffrant d’un handicap léger. Que les principaux éditeurs de super héros soient américains n’est pas fortuit. Que beaucoup de pastiches soient européens ne l’est pas non plus.

Professeur à la VUB, professeur invité à l’Université de GandQui a demandé une introduction ? Kazoom !!! La voici !
 
Lorsque j’ai été invité à rédiger ce texte, j’ai cru que cette mission serait simple comme bonjour. Il faut dire que j’ai grandi avec un des plus grands super-héros, à savoir Batman, à l’époque toujours flanqué de Robin, son « acolyte », et qui fit ses débuts à la télé pendant ma jeunesse. Lorsque je n’étais encore qu’un enfant, ce qui m’a toujours le plus fasciné était l’interaction sublime entre l’action et l’animation. L’intensité de chaque affrontement physique entre le bien et le mal était toujours accentuée par des interjections telles que « BOW!, WHAM!, BLAP!, THWAP! » et l’incomparable KAZOOM!!!, inscrites dans des bulles aux innombrables pointes acérées et dans les couleurs les plus vives qu’on puisse imaginer. Bref, j’estimais être, grâce à mon vécu, un expert en la matière. Quelle erreur !
 
 
 
Étant philosophe de formation, chaque texte que j’écris est influencé par mon métier. J’ai vécu dans l’illusion que peu de choses avaient été écrites sur les super-héros et la philosophie et que j’avais de ce fait les mains libres. Il n’en est donc rien. La prestigieuse maison d’édition Blackwell commercialise une série depuis plusieurs années, The Blackwell Philosophy and Popular Culture Series, dans laquelle paraissent des volumes portant de magnifiques titres tels que Batman and Philosophy : The Dark Knight of the Soul (2008), X-Men and Philosophy : Astonishing Insight and Uncanny Argument in the Mutant X-Verse (2009) et Spider-Man and Philosophy : The Web of Inquiry (2012). Que faire ? Écrire une introduction académique et philosophique ? Si j’étais un super-héros, ça ne me poserait certainement pas le moindre problème. Mais étant une personne ordinaire, je préfère jouer la sécurité et me replonger dans ma jeunesse pour livrer une pensée philosophique via ce voyage dans le temps.
 
Je me souviens que, d’une part, j’étais fasciné par le personnage du super-héros (détenir des pouvoirs surhumains était une perspective très alléchante, car combien de problèmes aurais-je alors pu résoudre et, honnêtement, quelle gloire aurais-je pu en retirer ?), mais d’un autre côté, je ressentais un certain malaise car les échecs, les erreurs ou les maladresses étaient tout simplement exclus du répertoire du super-héros. Mais imaginez qu’un super-héros ait malgré tout des doutes, non seulement sur ses capacités physiques (ce thème étant déjà pleinement exploré vu qu’il permet de retrouver ses forces juste au moment crucial, suspense garanti !), mais également sur ses principes moraux et éthiques. Qu’en serait-il si le mal n’était plus tangible et que le super-héros ne savait plus de quel côté il/elle doit être dans un conflit et, ô malheur, choisissait le « mauvais » camp ? Qui ou qu’est-ce qui pourrait encore retenir le « chevalier noir » ? Vu sous cet angle, on nous demande d’accorder une confiance totale aux qualités éthiques et morales du super-héros.
 
Je pense y être parvenu. Kazoom !!! Voici donc une conclusion philosophique étonnante : bien que les super-héros se caractérisent en premier lieu par des super-pouvoirs physiques de toutes sortes, tout repose au final sur leur intégrité morale et éthique en lesquelles nous devons croire de façon quasiment sacrée. Cette dernière expression est un peu forte. Si je la ramène à des proportions humaines, alors un seul choix s’offre à nous : nous devons faire confiance. Si on considère que ce principe est le ciment permettant de maintenir la cohésion d’une société, l’importance des super-héros saute immédiatement aux yeux, même si, étrangement, ils se trouvent eux-mêmes hors de la société.

Poser un acte héroïque pourrait arriver à n’importe qui parmi nous pour autant que l’occasion se présente (et obtenir ainsi une médaille, parfois à titre posthume). Avec le temps, et en contraste du quotidien, les peuples ont inventé des demi-dieux au courage et aux prouesses bien au-delà de nos capacités humaines. Nous sommes les héritiers de ces récits merveilleux, exploits, épopées, légendes où, en l’absence de vérification (les soi-disant preuves ont toujours été fabriquées bien après) l’imagination n’a pour limite qu’elle même, à la veillée, au coin du feu. Puis est arrivé le temps de la presse imprimée qui, avec le feuilleton, a changé la nature du héros par la suite au prochain numéro, le fameux “à suivre…” de la BD. Le héros y devient celui qui revient à chaque épisode, quelles que soient ses qualités ou ses incompétences d’ailleurs. Même si l’on ne peut ignorer qui le précède, dont Quick et Flupke de Hergé, le meilleur exemple chez nous en reste Gaston, imaginé par Franquin, héros sans emploi, héros malgré lui, héros à rebours. De la saga héroïque, on passe au gag, à l’échec. La propagande, avec ses “héros de la patrie” (une manière hypocrite de faire l’éloge des gens d’en bas, morts) ou ses “héros du travail” (ainsi victimes d’une douloureuse double peine), contribue à modifier – certains diront dégrader – le concept original. Avec leurs trucages et leurs illusions où la mort elle-même devient une blague, le cinéma et l’animation ont fait le lit du virtuel numérique, dont on sait qu’il est dorénavant la réalité pour nombre d’entre nous. Ici, le héros c’est moi, banal, comme des millions d’autres, et là gît le piège car si l’exceptionnel devient normal mon insignifiance vaut la peine d’être partagée par des millions d’amis (“ce matin, j’ai mis des chaussettes” peut-on lire sur Twitter). Héros à temps plein devient une option à la portée de tous. Dans le même temps, le progrès, la croissance, la consommation, le profit – à travers leur plus bel outil, la communication publicitaire – inventent les mots nécessaires à prolonger l’illusion héroïque : “Super”, “hyper”, “méga”, “giga”, “exa”, “yotta”, à la manière dont certains sportifs, sans rire, se donnent désormais à deux cents ou mille pour cent.
 
Avec l’aimable collaboration de l’Agence Reporters.